En appuyant sans réserve la réforme de Sonia LeBel en chambre hier après-midi, la Première Ministre renonce à l’engagement du gouvernement d’offrir 2 sorties scolaires en milieu culturel à tous les élèves du Québec
COMMUNIQUÉ
Pour diffusion immédiate
Montréal, le jeudi 11 juin 2026 — Tous les acteurs du milieu jeune public, via la Coalition Jeune Public *, dénoncent aujourd’hui avec vigueur la décision de la première ministre Christine Fréchette d’appuyer sans réserve la réforme des règles budgétaires de la ministre Sonia LeBel. Ce faisant, son gouvernement abandonne l’un des engagements culturels les plus porteurs des dernières années : garantir aux jeunes du Québec l’accès aux oeuvres présentées dans les salles de spectacles, les musées, les centres d’exposition, les salons du livre et autres lieux culturels professionnels dans le cadre de leur parcours scolaire.
Pour la Coalition Jeune Public*, cette prise de position exposée en chambre hier marque un recul majeur pour l’éducation culturelle des jeunes et une rupture de confiance envers l’ensemble des partenaires qui ont contribué au succès de cette politique.
« Le gouvernement réduit la question à une affaire de budget, en répétant qu’ils sont maintenus. Le problème n’est pas là : ce qui a fait le succès de cette mesure, ce n’était pas seulement l’argent. C’étaient les règles qui garantissaient que les sommes investies servent réellement à mettre les jeunes en contact avec des oeuvres dans les lieux culturels professionnels. Aujourd’hui, ces protections disparaissent. » soutient Jean-Philippe Joubert, directeur général de La Caserne - scène jeune public
L’abandon d’une politique qui fonctionnait
Rarement une politique publique aura produit des résultats aussi probants. Protégée, la mesure de soutien aux sorties scolaires en milieu culturel a permis à des centaines de milliers d’élèves, dans toutes les régions du Québec, de vivre des expériences culturelles significatives qui n’auraient souvent jamais eu lieu autrement. Pour les arts de la scène seulement, les données du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) montrent une progression de 181 012 élèves en 2017-2018 à 554 382 élèves en 2024-2025, soit 206% d’augmentation.
Les données recueillies dans plusieurs réseaux de diffusion confirment cette croissance spectaculaire depuis l’instauration des mesures protégées. Cette progression s’est maintenue au fil des années, confirmant l’efficacité du modèle mis en place.
Chez les diffuseurs de Réseau Scènes (grand Montréal et régions avoisinantes), la progression est de 82 566 (2017-2018) à 184 055 élèves (2024-2025).
Dans le réseau du ROSEQ qui dessert notamment le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et la Côte-Nord, la programmation jeunesse a connu une croissance spectaculaire passant de 101 représentations en 2018 à 238 représentations en 2024, grâce notamment à la prévisibilité et la stabilité qu’offraient les mesures dédiées.
Chez les diffuseurs spécialisés en théâtre jeunesse, comme la Maison Théâtre et La Caserne (Les Gros Becs), c’est 22 000 élèves de plus qui fréquentent ces lieux (+54%). À l’Orchestre symphonique de Québec, c’est 5 000 élèves de plus. Ces résultats n’ont rien d’un hasard.
Ils démontrent qu’en matière de culture, les intentions ne suffisent pas. Les objectifs doivent être accompagnés de mécanismes concrets qui permettent de les atteindre.
Une sortie culturelle, ce n’est pas une activité parmi d’autres
Depuis plusieurs semaines, le milieu culturel rappelle qu’une sortie scolaire en milieu culturel ne se résume pas à assister à une prestation artistique.
« Elle consiste à fréquenter un lieu culturel professionnel, à découvrir ses codes, à rencontrer des artistes dans leur environnement de création, à développer des repères culturels et à vivre une expérience collective qui participe pleinement à la formation du citoyen. C’est la qualité de l’expérience culturelle qui est en jeu. » explique Julie-Anne Richard, directrice générale de RIDEAU.
C’est précisément la qualité de cette expérience que la réforme actuelle met en péril.
La culture à l’école joue un rôle important. Personne ne le conteste.
Mais elle ne remplace pas la fréquentation des lieux culturels professionnels.
Les craintes se confirment déjà
Les premiers échanges menés auprès de certaines directions d’écoles, de responsables culturels et de gestionnaires du réseau scolaire confirment déjà ce que le milieu culturel redoutait.
Certains envisagent de remplacer les sorties scolaires par des activités organisées directement dans leurs écoles. D’autres indiquent qu’ils pourraient privilégier la venue d’artistes dans leurs auditoriums ou leurs gymnases plutôt que d’assumer les coûts liés aux déplacements. Certaines directions affirment même qu’elles maintiendraient une seule sortie plutôt que deux si les sommes n’étaient plus dédiées à cette fin.
L’Association québécoise des professeurs de français (AQPF) le notait aussi déjà : “Sans protection, rien n’assure que les livres et les sorties culturelles résisteront aux compressions, aux imprévus ou aux nombreuses pressions financières vécues dans les établissements.” explique leur membre.
Autrement dit, ce que le gouvernement présente comme une simple simplification administrative est déjà en train de produire les effets que nous avions annoncés. Les sorties culturelles deviennent maintenant une option plutôt qu’un engagement.
Ce qui va se produire, la ministre de l’Éducation elle-même l’a prédit. Elle dit qu'elle a modifié les règles de financement des sorties culturelles à la demande des directions générales des Centres de service scolaires, qui disaient “brûler tout leur argent en autobus”. Elle ajoute: “il faut qu'il y ait de la culture à l'école, peu importe la forme”. Ce qui sous-entend que l'argent des sorties culturelles pourrait servir à présenter les spectacles dans les écoles plutôt que dans des lieux professionnels.
Rappelons-le clairement : l'autobus scolaire est essentiel pour transporter les élèves vers l'école. L'autobus est tout aussi essentiel pour aller de l'école vers un lieu culturel qui offrira une expérience pleine et entière. Le transport est essentiel pour démocratiser l’accès à la culture.
Le gouvernement ne pourra pas dire qu’il ne savait pas
Depuis des mois, les organisations culturelles, les musées, les diffuseurs, les artistes et les intervenants du milieu scolaire répètent la même chose : ce ne sont pas uniquement les budgets qui ont fait le succès des sorties scolaires en milieu culturel, ce sont les règles qui les protégeaient.
Aujourd’hui, la première ministre Fréchette a fait le choix d’appuyer malgré tout le retrait de ces protections. Ce faisant, elle renonce aux garde-fous qui ont fait de l’engagement du gouvernement envers les sorties culturelles un succès.
Si, dans les prochaines années, le nombre de sorties culturelles diminue, si des milliers de jeunes perdent leur seul accès aux arts professionnels, si les écarts se creusent entre les régions, les milieux favorisés et les milieux plus vulnérables, si l’expertise du Québec en dramaturgie et en médiation jeune public, reconnue partout dans le monde recule, le gouvernement ne pourra pas prétendre qu’il n’avait pas été prévenu.
Il aura lui-même démantelé le mécanisme qui avait permis à cette politique de réussir.
Pourtant, il n’est pas trop tard.
La Coalition Jeune Public reconnaît la volonté de la ministre Sonia LeBel de simplifier les règles budgétaires et d’offrir davantage de souplesse aux milieux scolaires. Nous ne contestons pas cet objectif. Nous contestons le fait que cette simplification se fasse au prix de l’abandon d’une mesure qui a démontré son efficacité et démocratisé l’accès des jeunes à la culture partout au Québec.
On n’a pas à choisir entre la flexibilité offerte au milieu scolaire ou l’orientation gouvernementale des deux sorties culturelles. On peut faire l’un et l’autre.
Une simple exception culturelle permettrait de concilier les deux objectifs.
Le gouvernement peut préserver la souplesse administrative concernant les mesures touchant les questions pédagogiques. Tout en poursuivant une orientation gouvernementale claire pour les sorties scolaires en milieu culturel en lui octroyant un budget protégé et des balises de fréquentation des organismes inscrits au Répertoire Culture-Éducation.
Le Québec n’a pas à choisir entre la flexibilité et la culture.
Il peut faire les deux.
Encore faut-il que le gouvernement choisisse de préserver l’un des plus grands succès des politiques culturelles jeunesse des dernières décennies et de maintenir l’engagement qu’il avait pris envers les jeunes du Québec.
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SOURCE : La Coalition Jeune Public
*La Coalition Jeune Public regroupe tous les membres du Front commun pour les arts appuyés par La Caserne - scène jeune public, la Maison Théâtre, l’Association des diffuseurs spécialisés en théâtre, Théâtre Unis Enfance Jeunesse, l’Association québécoise des professeurs de français, le Regroupement des diffuseurs de l’Est-du Québec (ROSEQ), Réseau Scènes, Objectif Scène, Réseau Centre, Diffusion Inter-Centres et Spectour.
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